J’aimerais me dire que je suis devenue cette fille plate et superficielle, désabusée, que rien ne vrille, que rien n’étreint, que rien ne tue à petit feu, que rien ne brise sur le parpaing, c’est moi qui lui défonce les reins. Sauf que non. Je suis toujours aussi sensible, éponge et pleine d’une envie de tout envoyer chier. Rien n’évolue, tout se dégrade. Et je ne connais pas ma capacité à me retenir. Equation à dix inconnus. Impossible à résoudre si ce n’est en se cassant les dents. Alors comme d’habitude, je prends sur moi. Non sans arroser ceux qui m’entourent de mon visage déconfit et plein de colère. Mes collègues ont ce regard de compassion sur moi. Même l’ancienne collègue du 4ème étage me croise dans la rue et sait que rien ne va. Ce regard me dégoûte. Mais dans un sens, me rassure. Je me sens un peu moins seule.
C’est un tourbillon, une tornade, une vipère sans scrupule ni limite. Assomme tout sur son passage. Je réussi à en toucher deux mots à la responsable. Elle parvient encore à la défendre un peu. Mais ne comprends pas vraiment non plus son attitude. Je me décompose. Me dit qu’il ne faut pas tout dire, pas tout avouer. Parce qu’ici, les bruits de couloir vont bien trop vite. Et qu’ils pourraient me retomber dessus. Mais je glisse quelque mots de ce retour à la case départ, cette impression d’avoir régressé alors que son but, apparemment, est de « tout t’apprendre pour que tu repartes d’ici en connaissant un métier ». Je lui rappelle que je suis passée de Chargée de Communication à Assistante personnelle. Elle sourit de travers. Lui trouve de nouvelles excuses. Je détourne la tête, appuie mes doigts sur mes tempes, je n’ai même plus envie de pleurer, juste d’exploser. Je retiens tout. J’éponge. On me conseille de lui parler. Je n’en ai même plus la force. Elle s’amuse tellement souvent à avoir le dernier mot que ça ressemble à un combat perdu d’avance. Alors, je fais le strict minimum. Je le fais bien, mais c’est tout ce que je fais.
Et je retiens une envie irrépressible de bouffer la terre entière en ne laissant aucune miette. Je sors, je marche, Picard mon ami sauveur de fruits exotiques pour le dîner de demain soir, une canette de coca light, ça bulle, ça pétille et je me retiens toujours. Un tour au pays des jouets, ce lieu m’apaise, me fait virevolter. Innocence pure. Juste besoin de calme. Je me raisonne. Je connais la cause de cette pulsion. Donc je la contrôle. La calme. L’amadoue. Il n’y a que ça. Que la raison. Bouffer jusqu’à l’écœurement ne résoudra pas le problème et me fera me sentir encore plus détestable. Alors je respire un grand coup.
On faisait le compte hier soir, des choses que j’avais réussi à changer au cours de ces derniers mois. L’arrêt de la clope. Ne plus me ronger les ongles. Arrêter les crises. Il m’a fait réaliser que ce n’était que des choses que je m’étais infligée. Ca m’a fait sourire de m’en rendre compte. Et surtout d’avoir réussi. Disons que j’arrive à contrôler. C’est déjà un pas de géant. Si vous saviez. Reste à accomplir du chemin pour l’avenir professionnel. Parce que celui-là me semble interminable. Dur à franchir.
Et. Je reste avec encore un peu de colère sur le cœur et de la rage dans le ventre. Encore un peu. Avant de passer à autre chose.
Crédit image : Julie
Bande son : Hero – Regina Spektor

31 janvier 2013 at 4:16
d’autant plus difficile de passer à autre chose professionnellement que ce ne serait que pour quelques mois. tiens le coup!
31 janvier 2013 at 4:39
Merci ma belle !!
31 janvier 2013 at 7:03
Courage ma jolie, dans quelques semaines, ce sera derrière toi ! Et félicitation pour ce que tu as accomplis jusqu’ici (les crises, la clope), j’aimerais pouvoir en dire autant ! ;)
31 janvier 2013 at 7:12
Merci choupinette =)
Et je te jure que c’est possible, j’espère que tu y arriveras (ça peut être un peu bancale hein mais la différence se sent) <3
31 janvier 2013 at 7:30
Ne retiens que tes efforts accomplis, et dis toi que tu en es capable aussi de finir ces putains de trois derniers mois… Plein de courage ♥
31 janvier 2013 at 10:33
<3
1 février 2013 at 11:36
Bonsoir
La situation que vous décrivez n’a pas en effet l’air facile…
Essayez de renforcer votre force intérieure, montrez que vous êtes imperturbable et la personne en face sera fragilisée par votre sérénité.
Dans la fable de la Fontaine , "le chêne et le roseau", le plus fort n’est pas celui que l’on croit. Le roseau plie, s’adapte aux tempêtes mais ne romp pas…tandis que le chêne n’est pas si fort qu ‘on ne le croit…
Après la pluie, il y a toujours le beau temps, attendez le beau temps et vous verrez juste après la pluie un arc en ciel magnifique car "La vie est comme un arc-en-ciel : il lui faut à la fois de la pluie et du soleil pour que ses couleurs apparaissent." citation de A.Ramaiya
Bon courage
Une lectrice
L…………..
2 février 2013 at 2:26
=)