Vouloir toujours cacher aux autres ses failles

LAURENT-CHEHERE-flying-houses-9Bon je préviens, je ne suis pas à la hauteur. Alimentairement parlant. Le reste, j’ai confiance, j’assure. Mais la bouffe… J’ai honte hein. Parce que bordel j’me vois bien changer. Physiquement j’veux dire. Je sais que j’arrêterai mes conneries avant d’aller vraiment trop loin, mais là je suis sur le podium de la meuf qui bouffera le plus possible à midi. En réalité, je me rends compte que je mange tout le temps, ou en tout cas, que je n’attends jamais d’avoir faim. Depuis environ 15 jours, je n’ai pas senti la satiété une seule fois. Enfin, si je l’ai ressentie une fois, je ne m’en souviens déjà plus. Parce que justement, je ne laisse aucun répit à mon estomac. Je le blinde sans arrêt. Et si je mangeais, il y a encore quelques temps, à cause de mes émotions mal gérées, aujourd’hui c’est bouffer pour bouffer. Je ne sais jamais trop de quoi j’ai envie (forcément je mange sans faim), mais je trouve toujours de quoi remplir mon ventre. Je ressemble d’ailleurs de plus en plus à  une femme enceinte : ventre un peu rebondi (je n’ai jamais eu de ventre donc disons qu’il est gonflé le temps de la digestion) et les cuisses et les fesses qui gonflent ou qui font je ne sais trop quoi. Pendant que mes épaules, mon dos et mes clavicules elles, restent musclées, plates, apparentes. Disproportionnée. Je me sens comme ça. Et je me vois comme ça. Malgré qu’on me dise le contraire. Mais là, je n’ai plus aucun jugement de ce qui est bien ou pas vis-à-vis de mon corps. Alors je sauve les apparences. Mais j’ai honte. Vraiment. Parce que je me laisser aller et que je ne lutte plus. Si au moins je compensais en tenant régulièrement ma séance de footing. Mais pour l’instant, c’est trop me demander. Mais bon, je sens le moment qui va me faire craquer, la limite que je vais frôler et qui va me faire dire "t’as déconné sévère !" Disons que je commence à me mettre en condition. Ce midi, j’ai fait plus de 30 minutes de métro, bravé les couloirs du métro de la place de Clichy, joué des coudes, le tout pour aller récupérer mes "pilules du bonheur". Cette chose naturelle (rien de médical ou chimique) que mon nutritionniste m’avait donnée une fois et qui m’a sauvé la vie, me permettant tout simplement de reprendre des repas normaux, de ne plus me jeter sur le sucré et la bouffe en abondance. Depuis ce jour, je sais que je n’aurais pas besoin d’antidépresseur, mais juste de temps en temps d’une aide pour m’aider à gérer mes compulsions. Ce soir, on se tente le concept du "dîner presque parfait" sans les notes, sans les animations, sans les critiques, juste pour bien manger tous les quatre. Samedi chez Mickey et dimanche brunch entre amis. Je vais y aller doucement mais sûrement. Entre la confiance à reprendre, le sport à faire réellement (ne me supportant plus physiquement je sais que ça ne sera pas un "je vais" mais un "je suis en train de faire"), l’ostéo qui va me remettre d’aplomb, le coiffeur qui va m’aider à ne pas oublier que je vais bien, tout va bien et les massages, je ne peux aller que vers l’avant. En même temps, je n’ai plus trop le choix, je ne peux plus ne pas me supporter. Qui aimerait une fille qui ne s’aime pas ? Hein ? Moi j’aime bien qu’on m’aime alors j’ai décidé que j’arrêtais les conneries et que je m’aimais bien aussi…

Crédit image : Laurent Chehere


9 Réponses à “Vouloir toujours cacher aux autres ses failles”

  • Ginie

    Oui c’est bien beau, mais cela ne va pas te soigner en "profondeur"… si tu manges comme ça c’est car au fond il y a quelque chose qui ne va pas, alors c’est bien de se retenir et tout et tout, mais pense aussi à te soigner intérieurement :-) Et Amuses toi bien ce weekend ♥

  • unicks

    tu as raison quand tu dis "qui aimerait une fille qui ne s’aime pas?". le jour où tu entendras ton ventre grogner parce qu’il est vide sera un jour de victoire :-) (et là le mien il grogne sévère).
    à part ça, comme d’habitude j’aime beaucoup ta façon de raconter les choses.

  • Lou

    Je sens beaucoup d’énergie et de volonté dans ton article, j’ai le sentiment que tu as vraiment toutes les cartes en main pour ‘t’en sortir’. Bien sûr, "alimentairement" parlant, je ne te donnerai pas de conseils car je ne suis pas vraiment la mieux placée. Mais je comprends et je pense que tu es sur la bonne voie !

  • lheureuseimparfaite

    heu, je vais te poser une question toute con, et si tu as envie de m’envoyer bouler je comprendrais… mais il y a beaucoup de souffrance et des conflits intérieurs difficiles à gérer dans tout ce que tu écris et dans ce que tu éprouves… un nutritionniste est-il le plus capable de t’aider ? la bouffe c’est l’objet avec lequel tu sembles compenser d’autres soucis et pas franchement le fond du problème… peut être qu’une aide plus psychologique pourrait t’aider davantage, non ? bises tout plein

    • lablune

      Pas de souci pour ta question ;) Je parlais du nutritionniste que j’ai vu en 2007 entre ma période fin anorexie début boulimie, c’est lui que j’ai vu en premier et c’est lui qui m’avait prescrit cette "pilule du bonheur" ;) Pour le reste je sais que je n’ai plus besoin de lui (je ne le vois plus depuis 5 ans (sur 6 de TCA) et je sais que c’est un psy dont j’ai besoin, j’en suis bien consciente ne t’inquiètes pas =)
      Bises ma belle

  • ptitedelph

    Parfois on doit mettre des priorités sur ce qui nous fait souffrir. Dans tout ce que j’ai lu jusqu’à maintenant (depuis le moment où j’ai commencé à commenter ce soir en fait, parce que je me rends compte qu’il faut que j’aille encore plus loin que ce que j’avais fait avant de disparaître), il y a beaucoup de combats que tu mènes parfois de front et je sais pour le vivre aussi, même si la nourriture est terminée, que parfois, on ne peut justement pas être sur tous les fronts et qu’il faut prendre les choses les unes après les autres et que souvent, en allant mieux d’un côté, certaines choses se résolvent autre part. La confiance qui te manque par exemple. Quand tu auras repris un peu confiance en toi, tu auras aussi une autre vision de toi et de ton corps. Tu arriveras au fur et à mesure à te percevoir telle que tu es vraiment et pas avec cette image faussée que tu sembles avoir. Mais n’aie pas honte. Ce sont des combats du quotidien et qui sont épuisants. C’est une lutte contre soi-même et de mon côté, je trouve que tu t’en sors bien dans le sens où je n’ai jamais senti que tu baissais les bras, dans tout ce que tu écrivais et rien que çà, montre une force de caractère qui te permettra de vaincre bien des conflits intérieurs. J’y crois bien fort en tout cas, j’ai confiance en toi ;-)

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